«Sijilmâsa, c’est une ville grande et populeuse, fréquentée par des voyageurs, entourée de vergers et de jardins, belle au dedans et au dehors ; elle n’a point de citadelle, mais elle consiste d’une série de palais, de maisons et de champs cultivés le long des bords d’un fleuve venant du côté oriental du Sahara ; la crue de ce fleuve, pendant l’été, ressemble à celle du Nil, et ses eaux sont employées pour l’agriculture de la même manière que le sont celles du Nil chez les Egyptiens. Les récoltes sont abondantes et certaines ; il arrive souvent qu’après quelques années consécutives d’inondation abondante, la terre produit spontanément du blé de la même espèce que celui qu’on a moissonné l’année précédente. Ordinairement cependant, après l’inondation annuelle, les habitants ensemencent les champs et, la récolte faite, ils laissent les éteules jusqu’à l’année suivante, lorsqu’elles poussent de nouveau et fournissent une seconde récolte.
Ibn Hawqal raconte qu’il suffit de semer une fois pour que l’on puisse moissonner ensuite pendant sept années consécutives, mais il ajoute que le froment ainsi produit finit par dégénérer en une espèce de grain qui tient le milieu entre le froment et l’orge, et qui s’appelle irdan tîzwâw. La ville possède beaucoup de dattiers et produit diverses sortes de dattes, entre autres l’espèce nommée al‑bornî, de couleur très verte, dont les noyaux sont très petits et qui surpasse en douceur tous les fruits. Les habitants de Sijilmâsa cultivent aussi le Uqtan, le Kâmûn, le Qarvi et le Hnna ; ils exportent ces divers articles dans le Maghrib et ailleurs.La distance qui sépare Sidjilmâsa d’Aghmât Warîca est d’environ huit journées, et de Sidjilmâsa à Dar’a, on en compte trois. »

Al Idrissi (v. 1100 † v. 1175)